
Les meilleures ventes de manga au Japon sont majoritairement sous la férule des locomotives du Jump. Les scores de One-piece, Naruto et Bleach ne surprennent personne à défaut d’en désespérer certains. Pourtant, il arrive parfois qu’une série trône aux nues sans que celle-ci ne correspondent tout à fait aux critères habituels. Il n’y a donc rien de plus intriguant que Shingeki no Kyojin et sa place vertigineuse pesant plus de trois millions sept cents exemplaires vendus en 2011 selon Oricon, rien ne prédestinant, à première vue, une telle intrusion. (Onzième juste après Gantz.) Shingeki no Kyojin a vraiment de quoi éveiller la curiosité car il suffit d’en lire le résumé pour savoir qu’un tel titre n’a rien à voir avec ses pairs de podium, surtout quand les éclats de voix qui vous parviennent en font un titre noir où la violence n’est pas qu’un simple effet de style irréaliste et trop cool pour adolescent décérébré. A partir de là, cette reconnaissance éclair pour ISAYAMA Hajime (諫山 創), petit nouveau qui n’est là que depuis 2009, tellement jeune qu’il n’a pas vraiment filtré jusqu’à nous, s’assaisonne d’un parfum suffisamment appétissant pour que nous nous penchions dessus.
Hajime !
Nous voilà propulsé dans un monde que l’on pourrait situer dans notre futur après qu’une catastrophe en ait fait une terre digne de ce récit post-apocalyptique. Les informations sont succinctes sur l’origine de cette dévastation et sont plus affaires de mythes. Tout ce qu’il y a à savoir, c’est que l’humanité s’est faite dévorée en sa majorité par des géants, à la manière d’une invasion venue d’on ne sait où. (Shingeki no Kyojin pourrait sans doute être traduit par « L’Avancée des Titans » contrairement à ce que la traduction co(s)mique et officielle de « Attack on titan » donne à penser.) Seule une minorité s’est réfugiée derrière une gigantesque cité fortifiée par trois enceintes successives, garante de paix dans un monde désormais totalement inaccessible. Les années passent et la cité ne semble troublée que par les massacres successifs de la légion de reconnaissance qui polit soigneusement son rêve de reconquête, jusqu’au jour où Eren, un jeune garçon dont nous allons suivre le destin, levant les yeux sur le premier garde-fou de cinquante mètres aperçoit la tête d’un gigantesque titan avant que celui-ci n’enfonce l’entrée, permettant à ses congénères de venir à nouveau mettre en péril la survie de l’humanité.
Papa et maman sont venus te manger, mon chéri !
Shingeki no Kyojin reste soit-disant un shōnen vu qu’il a été récupéré par la Kodansha dans son Bessatsu Shōnen Magazine (il a aussi gagné le prix du meilleur shōnen chez eux en 2011) après s’être pris une veste chez la Shueisha (le responsable du Jump qui a refusé ce manga a dû pointer au chômage) mais certains n’hésitent pas à parler de seinen en raison de sa violence. D’ailleurs, Shingeki no Kyojin peut être très facilement rapproché de Gantz, son aîné de podium avec qui il partage un certain nombre de points communs populaires malgré leur fondamentale différence. Gantz repose sur un concept bien délimité, un battle royal avec des extraterrestres, ce qui est le cas des géants de Shingeki no Kyojin sur lesquels le manga se concentre principalement. Gantz est très cru et Shingeki no Kyojin aussi puisque les scènes de dévorations sont légions. Néanmoins, Shingeki no Kyojin n’a pas de dimension ludique, il n’est pas non plus trash car en fait, ce survival horror à grande échelle est à prendre au premier degré. Le gore s’il est présent de manière abondante est au service exclusif du drame humain. La résistance dans Shingeki no Kyojin s’opère grâce à de terribles sacrifices. Tuer un titan, ces êtres que l’on classe habituellement selon sa catégorie de taille (de trois à quinze mètres, le titan de soixante mètres étant une exception), est incroyablement difficile car ils ne meurent qu’après s’être fait découpé un morceau de nuque pour on ne sait quelle raison. Leur régénération rapide et leurs réflexes que la taille ne réduit pas en font des adversaires injustes dont seul le nombre vient à bout. Ainsi, le moindre contact avec un titan devient un instant intense d’autant plus qu’ISAYAMA n’épargne à aucun moment sa galerie de personnages, n’hésitant pas à les envoyer au casse-pipe à la moindre faute. Du point de vue d’Eren et de ses compagnons, vous pouvez donc comprendre que voir ses camarades se faire mâcher la tête entre les dents immenses d’un titan est une source de terreur inépuisable.
Ce n’est pas pour rien que vous pourrez entendre de ci de là rapprocher Shingeki no Kyojin de Berserk quoiqu’entre nous, il soit plus Claymore que Berserk. En fait, ce manga surprenant oscillerait plutôt du côté du travail d’IWAAKI Hitoshi (岩明 均) qui déjà à l’époque avait su étonner par la crudité de son Parasite. De plus, ce dernier avait déjà fait d’un siège désespéré le sujet d’un de ses mangas, Heureka, en représentant la résistance de Syracuse face à l’armée romaine, Archimède et ses inventions prenant part à l’action.
L’effet titan.
Bien entendu, cette tension ne s’obtient pas à moindre effort. Si Shingeki no Kyojin est un mi-seinen qui a fait putsch sur les ventes de manga, c’est bien parce que comme nous l’a appris de manière très pragmatique Bakuman, il y a de la baston, et pas qu’un peu - ce qui s’applique à notre exemple témoin, Gantz. Plus l’on avance à décrire Shingeki no Kyojin et moins les raisons de son succès économique s’obscurcissent. Il y a d’abord la composante shōnen qui fait de Shingeki no Kyojin avant tout un récit initiatique - grâce à Eren -, le concept original et sa totale clarté au niveau des enjeux (titan vs humanité) et donc, les combats. Le trait d’ISAYAMA est brut de décoffrage. Il possède ses défauts d’amateur mais il se démarque énormément de ses confrères par une grande recherche sur la perspective et par une obsession du mouvement. Il lui arrive de ne même plus dessiner les contours de ses personnages, se contentant de tracer la fibre du mouvement par un ensemble de vecteurs tous hérissés vers leurs buts. Ca se lit en accéléré, à tel point que les phases de temporisation entre chaque affrontement à grande échelle pourront en frustrer plus d’un. Un des point faible de Shingeki no Kyojin est d’aller très vite, à tel point que la présence de flash-back, aussi intéressants soient-ils, nous font ronger notre frein.
Ici, on se bat grâce à des manœuvres en trois dimensions. En gros, tout combattant est doté d’un grappin que l’on plante par exemple dans un arbre avant d’actionner l’enrouleur qui va vous propulser. Ce qui donne des péripéties de malade à ridiculiser Spiderman, la vitesse et la précision étant une dimension fondamentale de toute victoire puisque qu’un combat contre un titan ne ressemble pas à un combat entre une mouche et un humain comme on s’imagine habituellement ce genre de situation, un titan réagissant bien plus vite qu’un humain nonobstant son côté zombi.
Petit combat routinier par ISAYAMA.
Et donc, puisque nous y sommes, dernier point majeur du récit : ces fameux titans dont l’idée a germée dans l’esprit d’ISAYAMA le jour où se retrouvant face à un ivrogne il éprouva un sentiment d’incommunicabilité. Ce ne sont pas des humains en grands. Ils ont certaines particularités que vous apprendrez au fur et à mesure que vous les côtoierez en sachant que l’humanité est largement ignorante en ce qui les concerne. On se contentera de dire qu’ils sont guidés par leur désir d’extermination et sont ainsi dépourvus de tout intellect complexe. C’est la concentration en humains qui les attire. D’un autre côté, à la différence de bêtes zombis, il est très difficile de dire ce à quoi ils pensent, que ce soit parce que les raisons de leur présence est inconnue ou parce qu’ils ressemblent beaucoup à des hommes et sont très expressifs. L’approche choisie par ISAYAMA est la même que celle des Anges dans Shin Seiki Evangelion. C’est bigrement efficace car le mystère est total. Chaque information glanée nous en apprend ridiculement plus sur cette situation qui, avouons-le, est quand même foutrement fêlée de la cafetière. Le désir de savoir est puissant d’autant que chaque donnée se paie le prix fort. Pour l’instant, c’est assez bien pensé puisque des détails comme la taille du géant de soixante mètres qui censément est une impossibilité physique ont été anticipés. D’un autre côté, le récit n’est pas exempt d’incohérences à commencer par le déroulement de l’expédition du tome six.
What’s the HELL is going on !
Si Shingeki no Kyojin est bien placé dans le podium 2011, c’est parce qu’il possède un concept original brillant par sa clarté et qui pousse à vouloir en savoir plus, parce qu’il est très agressif et prenant, ce qui fait qu’on boit les volumes comme du petit lait, que son graphisme est efficace et sert l’adrénaline à merveille. Il ne faudrait pas non plus oublier nos héros qui s’accrochent comme ils le peuvent et même si beaucoup passent à la moulinette, ISAYAMA n’oublie pas de conserver tant bien que mal un noyau dur de personnalités que l’on prendra plaisir à voir à se débattre dans leurs conflits. (Cette conclusion pourrait être reprise mot pour mot pour Gantz, entérinant par là même les qualités nécessaire pour qu’un seinen se transforme en bestseller.)
Reprenant le topos shōnen comme quoi il faut avancer par ses propres moyens, Shingeki no Kyojin le pousse à son maximum puisque face aux titans, ne rien faire est synonyme de mort, et faire est synonyme de terreur. Il n’est plus question de pouvoir individuel car en allant de la survie de l’humanité retranchée derrière des murs qui peuvent être à tout moment balayés, le sacrifice devient une…
… nécessité.









janvier 13th, 2012 at 8:29
Ça a l’air vachement bien. J’espère juste que l’auteur ne trainera pas autant en longueur que celui de Gantz qui semble se complaire dans le dessin de foules dénudées… C’est clairement pas le genre de récit qu’on s’attendrait à lire dans le Jump alors on comprend qu’il ait dû voir ailleurs.
janvier 13th, 2012 at 11:07
Ce qui m’étonne, c’est que malgré les 6 volumes déjà parus, aucun éditeur français ne semble se bouger pour l’acquérir, chose que les ricains ont déjà fait depuis quelques temps. Alors que pourtant, il n’y aurait pas de raison que la formule ne prenne pas chez nous, vu ce qui se vend le plus par ici…
janvier 13th, 2012 at 12:18
Et sinon, ça sort quand et chez quel éditeur ?
janvier 13th, 2012 at 17:12
Ce qui est surtout surprenant, c’est qu’ils ne l’ont pas redirigé vers un magazine plus adéquat comme le Business Jump au lieu de le passer à la concurrence. Soit ils n’ont pas su déceler le talent d’ISAYAMA soit celui-ci, offusqué, s’est barré ailleurs. Il doit sans doute y avoir plus de précisions sur son blog pour ceux qui savent lire le japonais.
Gemini : en juin 2012 chez Kodansha Comics. (http://www.kodanshacomics.com/pr/101911a.html)
Au pire, le film fera bouger les choses… en 2013.
janvier 13th, 2012 at 18:13
Shingeki no Kyojin, c’est d’la bonne.
Kodansha USA a les droits donc pourquoi pas chez nous, ouais. Après peut-être que c’est un peu tôt, on risque de rattraper très vite les jap et attendre un bon moment à chaque fois.
Espérons aussi une série animée dans quelques années, j’suis sûr que ça pourrait être grandiose.
Le rapprochement avec Claymore, pourquoi pas (au niveau des enjeux, de l’inconnu des ennemis etc…), faut voir si un certain pouvoir s’étend sur plusieurs personnes.
janvier 14th, 2012 at 2:44
Les géants cannibales !!! Quelle bonne idée d’en parler
Je suis d’accord avec l’ensemble de cet article et je pense que tu as eu une bonne idée de mettre en valeur les humains peuplant cette série. S’ils sont petits et fragiles face aux géants, leur caractère est d’autant plus fort et leur capacité d’adaptation est impressionnante. Ce sont des personnages travaillés et très intéressants.
Pourquoi Shingeki no Kyojin n’est pas encore sorti en France ? Je pense qu’il s’agit d’un problème de positionnement. SnK est un shônen à succès au Japon, mais il est très éloigné des Naruto, One Piece et compagnie, comme tu le dis au début de l’article. Comment présenter un shônen ressemblant à Gantz, sachant que celui-ci devrait atteindre le top 10 ? Pour ceux qui n’ont pas lu le rapport ACBD 2011, le top 10 manga en France c’est Naruto, One Piece, Fairy Tail, Black Butler, Fullmetal Alchemist, Judge, Bakuman, Pluto, Bleach et Gunnm Last Order. Shingeki no Kyojin peut-il trouver sa place à côté de ces titres ? Et si un éditeur ne parvient pas à bien le vendre, n’aura-t-il pas eu l’impression de rater une excellente affaire ? Un éditeur nous prépare-t-il un plan comm béton pour mettre en valeur cette série ? Ou l’ensemble de la profession reste-t-elle trop perplexe face à ce type de titre ? A voir…
janvier 14th, 2012 at 10:39
Natth> Justement le Japon est largement une référence à ce niveau. Certes on peut difficilement comparer les ventes entre les pays, mais on voit bien que ce sont les mêmes mangas qui se retrouvent en top des ventes là-bas et ici, en France. Et vu comment Shingeki a su se hisser en haut du classement, je ne doute pas qu’il fera pareil chez nous (à condition d’une bonne visibilité de la série, bien sûr…)
janvier 15th, 2012 at 21:31
On publie des séries pour bien moins que ça. Je crois que se préoccuper du fait de vendre des quantités faramineuses (”comme au Japon”) de ce manga suffit à vouloir l’acquérir.
janvier 16th, 2012 at 21:32
Je ne suis pas d’accord sur plusieurs points, et en premier lieu, le dessin : certes, il est très dynamique pendant les combats, et ça se voit dès les premiers chapitres, que dis-je, les premières pages. Mais quand tu parles d’une maîtrise des perspectives, ce n’est qu’au bout de 2 tomes qu’on a quelque chose de potable, 3 ou 4 pour que ça devienne agréable. Avant ça, c’est un viol des yeux au niveau des proportions, alors la perspective, n’en parlons pas. Et je parlais du dynamisme des combats mais en dehors de ça, c’est très plat, du tout ou rien.
Toutefois, s’il y a bien quelque chose qu’on doit lui reconnaître, c’est sa vitesse de progression : les derniers chapitres sont de toute beauté et pourtant, on en est à quoi ? 6-7 tomes ? Son style s’améliore de manière fulgurante. Autre chose qu’on peut souligner, s’il a eu d’énormes problèmes de proportions, au niveau d’un Miura au début de Berserk, et c’est pas rien de le dire, il a su les mettre à profit sur les titans en en faisant des être assez difformes pour être repoussant, mais assez humanoïdes pour accroître l’horreur du lecteur à la vue des massacres.
Un autre point qu’on peut souligner est la diversité des personnages et surtout à quelle point elles sont définies, de sorte qu’on n’a dans ce ‘noyau dur” et parmi les personnages qui gravitent autour que peu de personnalités sans intérêt.
Enfin, quant à l’originalité, permets-moi de mettre un dernier bémol : ça reste le sempiternel héros tête brûlée avec un pouvoir d’origine monstrueuse en lui. Ce n’est pas le seul poncif du shônen de combat qui soit présent dans Shingeki no kyojin, mais on peut concéder qu’ils sont pour l’instant relativement peu nombreux. De là à parler d’une grande originalité… c’est quelque peu exagéré.
Ne boudons cependant pas notre plaisir, ça reste un bon manga, voire très bon par moments. L’ambiance à la limite de la dark fantasy est quelque chose de rarement bien maîtrisé dans le paysage du manga et il serait injuste de ne pas dire que Shingeki no kyojin en fait une excellente utilisation.
janvier 17th, 2012 at 22:15
“en premier lieu, le dessin : certes, il est très dynamique pendant les combats, et ça se voit dès les premiers chapitres, que dis-je, les premières pages. Mais quand tu parles d’une maîtrise des perspectives, ce n’est qu’au bout de 2 tomes qu’on a quelque chose de potable, 3 ou 4 pour que ça devienne agréable. Avant ça, c’est un viol des yeux au niveau des proportions, alors la perspective, n’en parlons pas. Et je parlais du dynamisme des combats mais en dehors de ça, c’est très plat, du tout ou rien.”
Je n’ai pas bien choisi mes mots, par maîtrise de la perspective, je voulais dire grande utilisation de perspectives dynamiques. (Je viens de corriger l’article au passage.) Pour autant, les mauvaises proportions ne m’ont pas gêné tant que ça car en lisant ce manga on assume le côté amateur du dessin de l’auteur tout en reconnaissant ses efforts pour se démarquer de ses collègues en proposant quelque chose de neuf. Personnellement, ce sont les bâtiments lorsque ceux ci sont tracés à la règle qui m’ont choqué.
Par contre, tu as raison de dire qu’à côté du dynamisme, c’est assez banal et manque encore de maîtrise. Ceci dit, ce manga se lisant vite, c’est un défaut qui sur lequel on passe facilement.
“Un autre point qu’on peut souligner est la diversité des personnages et surtout à quelle point elles sont définies, de sorte qu’on n’a dans ce ‘noyau dur” et parmi les personnages qui gravitent autour que peu de personnalités sans intérêt.”
Tu veux dire par le fait qu’elles soient définies, ces personnalités (je présume), qu’elles gravitent toujours autour des mêmes traits (de personnalité) monotones ?
Si c’est le cas, je pense que tu ne te rends pas bien compte de la difficulté qu’il y a à maîtriser une telle galerie sans s’y perdre. L’intérêt premier de Shingeki no Kyojin n’est pas d’approfondir à fond chaque personnage mais d’observer une lutte à grande échelle. Vu le temps de passage des personnages secondaires, il est inutile de s’embrouiller dans de l’indéfini.
Le développement psychologique est essentiellement basé sur le dépassement de la terreur et le don de soi, inhérents au scénario. Il n’y a pas beaucoup de sujets sur lesquels les faire tourner, le reste n’est qu’action et j’oserais dire que les protagonistes de cette histoire, ce sont les titans.
“De là à parler d’une grande originalité… c’est quelque peu exagéré.”
Je viens de faire une recherche sur le mot “original” et il est toujours accroché au mot concept. Cette expression ne prend donc pas en compte les poncifs que tu énonces.
Néanmoins, si la grande originalité, c’est le contexte, elle dépasse ce cadre. Si ce n’était que cela, je ne me gênerai pas pour m’en moquer puisqu’à ce compte là, Beelzebub, ma cible du moment, est très très original. Beaucoup de shônens ne font l’effort que d’une amorce originale avant de s’épargner le développement original qui va avec. Sauf que tu reconnaîtras que ce shônen (le mec visait quand même le Jump) en reprenant des éléments habituels de son genre a su pousser beaucoup plus loin la formule. Un exemple en dehors du thème de la violence : si Eren a effectivement un super-pouvoir, on s’intéresse à sa gestion (mode d’emploi ?), à sa place comme atout stratégique dans une guerre à grande échelle, à son impact psychologique sur ses voisins. Son approche nous en apprend plus sur le camp adverse. On cherche donc à le comprendre là où habituellement c’est de la simple magie que l’on doit gober sans rien dire. Il y a pas mal de choses à dire, à comparer avec ce qui se fait habituellement.
L’originalité c’est aussi de savoir faire du neuf avec du vieux.
janvier 21st, 2012 at 1:11
Quand je disais que les personnalités étaient définies, c’était dans le bon sens du terme, à l’opposé de floues. C’est l’impression que j’en ai, qu’on ne tombe pas dans l’écueil de la série longue qui fait évoluer ses personnages non pas par l’histoire mais parce que l’auteur a des idées qu’il rajoute petit à petit. Ils sont pensés à l’avance et ça, c’est plus qu’agréable.
“si Eren a effectivement un super-pouvoir, on s’intéresse à sa gestion (mode d’emploi ?), à sa place comme atout stratégique dans une guerre à grande échelle, à son impact psychologique sur ses voisins. Son approche nous en apprend plus sur le camp adverse”
C’est quelque chose qu’on retrouve, et je ne pensais pas user de cet exemple, dans Naruto. Le principe est le même. Les idées sont les mêmes. C’est juste qu’on n’a pas l’impression que Kishimoto a pensé à tout ça dès le départ, là où Isayama en a clairement fait un des intérêts principaux. Son originalité est à mon avis plus dans le “contexte actuel des shônen de combat” : l’histoire avance vite et est réfléchie, tout en s’appuyant sur un certain nombre d’éléments qui sont des bases sûres pour ce genre d’histoire. On repensera de ce point de vue-là à Star Wars qui s’est en tout premier lieu basé sur tout ce qui pouvait faire une histoire à succès, avant même de chercher à être original.
Je doute qu’Isayama fasse aussi bien, mais la route qu’il a prise, à défaut de lui permettre d’être le plus original pour son histoire, son ambiance ou ses personnages, lui permet de faire un manga assez efficace. Maintenant, je suis d’accord, il est loin d’en faire un ensemble de repompes, et heureusement.